À l'ombre des dômes turquoise, Tachkent fait pousser ses tours de verre. Tashkent City, Magic City, l'IT Park et les zones économiques spéciales racontent un pays qui ne renie rien de son histoire, mais qui s'ouvre résolument aux investisseurs du monde entier.
D'un côté les médersas turquoise et les dômes séculaires, de l'autre des tours de verre qui redessinent la skyline : Tachkent affiche aujourd'hui les deux visages d'un pays qui avance.
Tashkent City, le nouveau quartier d'affaires de la capitale, concentre tours de bureaux, hôtels internationaux, le centre commercial Tashkent City Mall et le Tashkent International Financial Centre, vitrine de l'ambition financière du pays envers les investisseurs étrangers.
À quelques kilomètres, Magic City a transformé un ancien terrain vague en un immense complexe de loisirs et de résidences : parc à thème, châteaux illuminés, fontaines et spectacles pyrotechniques en font déjà l'un des lieux les plus photographiés de la nouvelle Tachkent.
Lancé à Tachkent en 2019, l'IT Park est devenu le cœur de l'écosystème technologique du pays, avec aujourd'hui 10 antennes régionales (Tachkent, Andijan, Marguilan, Navoï, Boukhara, Samarcande, Jizzakh, Ourguentch, Noukous, Guliston) et plus de 2 800 entreprises résidentes fin 2024.
Les résidents bénéficient d'avantages fiscaux maintenus jusqu'en 2040 : 0 % d'impôt sur les sociétés, 0 % de TVA, 7,5 % d'impôt sur le revenu des personnes physiques et des exonérations douanières — auxquels s'ajoute un « IT-Visa » facilitant l'installation des entrepreneurs étrangers pour 3 ans.
En 2024, Uzum est devenu la première licorne du pays (valorisation supérieure à 1 milliard de dollars), l'IT Park a lancé un fonds de capital-risque public de 10 millions de dollars et ouvert un bureau représentatif en Arabie saoudite. Les exportations de services IT ont atteint 344 millions de dollars en 2024, avec un objectif officiel de 5 milliards de dollars dans le cadre de la stratégie « Digital Uzbekistan 2030 ».
Depuis le milieu des années 2010, l'Ouzbékistan a engagé une libéralisation progressive de son économie : régimes de change et de commerce extérieur assouplis, taux de TVA, d'impôt sur les sociétés et de taxe foncière abaissés de 20 % à 12 %, et création d'un Conseil des investisseurs étrangers pour institutionnaliser le dialogue avec le secteur privé.
Le mécanisme du « guichet unique » a été étendu et plus de 500 fonctions administratives ont été supprimées, simplifiant nettement les démarches des entreprises. Entre 2000 et 2023, le pays a affiché une croissance moyenne du PIB de 6,4 % par an, surpassant la plupart de ses pairs à revenu intermédiaire.
Les flux d'investissements directs étrangers (IDE) progressent : ils représentaient 2,1 % du PIB en 2024, pour un stock cumulé d'environ 14,6 % du PIB — un niveau qui laisse, selon l'OCDE, une marge de progression importante.
Les premiers chiffres officiels de 2025 confirment cette trajectoire : la croissance du PIB réel a atteint 7,7 %, son meilleur résultat depuis cinq ans, contre 6,7 % en 2024 et 6,3 % en 2023. Porté par la consommation, l'investissement et le rebond des exportations, le PIB du pays a dépassé pour la première fois les 145 milliards de dollars. Les échanges commerciaux extérieurs ont bondi de 20,7 % pour atteindre 81,2 milliards de dollars, avec des exportations en hausse de 24 % à 33,8 milliards de dollars. Pour 2026, le FMI et la Banque mondiale anticipent un ralentissement à environ 6,4 %, une croissance qui resterait portée par la demande intérieure plutôt que par un nouvel emballement des exportations.
Au-delà de Tachkent, c'est tout le territoire qui se structure pour accueillir les investisseurs, des zones pharmaceutiques de Zomin aux zones industrielles d'Angren.
Fin 2024, l'Ouzbékistan comptait 25 zones économiques spéciales (ZES), 416 petites zones industrielles, 23 technoparcs et 433 clusters, accueillant au total près de 7 500 entreprises. Les zones franches de Navoï, Boukhara ou encore d'Ourguentch combinent exonérations fiscales, tarifs énergétiques avantageux et main-d'œuvre qualifiée à coût compétitif.
L'Ouzbékistan compte 12 régions (viloyat), la République autonome du Karakalpakstan et la ville-région de Tachkent. Les zones économiques spéciales et les technoparcs ne sont pas concentrés dans la seule capitale : Navoï, Boukhara, Samarcande, Ferghana, Andijan ou Ourguentch accueillent chacune leurs propres zones franches et antennes de l'IT Park.
Cette répartition géographique des incitations fiscales vise à diffuser la croissance au-delà de Tachkent et à valoriser les ressources et la main-d'œuvre de chaque région.
L'Ouzbékistan mise sur sa position de carrefour eurasiatique. En 2024, le pays exploitait 11 aéroports, qui ont accueilli 13,5 millions de passagers, et un réseau ferroviaire de 7 400 km (dont 2 400 km électrifiés) transportant près de 74 millions de tonnes de marchandises par an. Le train rapide Afrosiyob, déjà familier des voyageurs entre Tachkent, Samarcande et Boukhara, illustre cette modernisation.
Un jalon majeur a été franchi avec le lancement de la ligne ferroviaire Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan, longue de 532 km, qui doit offrir une route commerciale plus courte entre l'Asie centrale et la Chine.
Le programme national de développement 2022-2026 donne un rôle accru au secteur privé, avec un objectif de 250 milliards de dollars d'investissements cumulés d'ici 2030 et une part du privé dans le PIB visant 85 %. La population devrait atteindre 41 millions d'habitants en 2030, et le revenu réel par habitant pourrait grimper jusqu'à 4 000 dollars.
« Le pays a conservé son âme — ses dômes, ses bazars, son hospitalité — tout en se donnant les moyens d'attirer les capitaux qui financeront la prochaine décennie. »
Les chiffres et faits présentés ici sont tirés des trois rapports suivants. Nous vous invitons à les consulter pour une analyse complète et les chiffres les plus récents.
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