Il est 22 heures passées et la place du Registan, encore noire de monde une heure plus tôt, commence à se vider. Les marchands de souvenirs rangent leurs étals, les derniers groupes de touristes remontent dans leurs bus climatisés, et nous restons là, seuls sur les pavés encore tièdes de la chaleur du jour.
De jour, le Registan est spectaculaire mais bruyant : les selfies se multiplient devant les médersas Ulugh Beg, Tilla-Kari et Sher-Dor, les guides récitent leurs commentaires en plusieurs langues, et il faut parfois patienter pour photographier la place sans personne dans le cadre. La nuit, tout change.
Le silence retrouvé
Les façades de céramique turquoise et de mosaïques dorées, éclairées par un jeu de lumières douces, prennent une autre dimension. On distingue mieux les détails : les versets calligraphiés du Coran qui courent sur les frontons, les motifs floraux qui se répètent à l'infini, les étoiles à huit branches qui ornent les coupoles.
« On ne visite pas le Registan, on s'y assoit, et on le laisse nous raconter trois siècles d'histoire timouride. »
Quelques familles ouzbèkes viennent encore flâner, les enfants courent entre les arches, un vendeur de maïs grillé pousse sa petite charrette en bord de place. C'est un moment suspendu, loin de l'agitation touristique du jour, où l'on perçoit enfin l'échelle réelle du lieu : ces médersas n'étaient pas pensées pour les caméras, mais pour impressionner les caravanes entières qui arrivaient de Perse, d'Inde ou de Chine.
Conseil pratique
Si vous ne devez retenir qu'un conseil de cet article : prévoyez de revenir sur la place du Registan en fin de soirée, après le dîner, même si vous l'avez déjà visitée dans la journée. L'entrée des médersas ferme généralement vers 19h-20h, mais la place elle-même reste accessible et illuminée bien plus tard. C'est, à notre avis, le plus beau moment pour la photographier et pour la ressentir vraiment.
Comptez une bonne heure, sans guide ni montre, juste pour vous laisser porter par l'ambiance. C'est aussi le moment idéal pour discuter avec les rares vendeurs encore présents, souvent plus disponibles et chaleureux qu'en pleine journée.